Fraude : Qui se cache derrière le RHB, le charlatan Zaibet ou un réseau franco-algérien ?

Cet article a été publié, le 10 décembre 2016, sur le site Mediapart par Seraya Maouche.

Soutenu par une chaîne d’information de manipulation de l’opinion publique et un ministre négligent ou complaisant, un inconnu de la communauté scientifique a mis sur le marché algérien un produit pour le traitement du diabète. Dans ce dossier, les réponses du ministère de la santé, de nouvelles révélations sur l’implication d’un certain Sébastien Fillon et des liens avec la Turquie.

Après l’Italien Paolo Macchiarini, le chirurgien charlatan qui a déclenché un « Tchernobyl éthique » et « un scandale au pays du Nobel », l’Algérien Toufik Zaibet se trouve, depuis le 13 décembre dernier, au cœur d’un scandale aussi affligeant que révoltant. Une affaire de fraude, de mise en danger d’autrui, d’usurpation de diplômes, d’escroquerie, de charlatanisme et d’exploitation de la religion.

Soutenu et médiatisé par une chaîne de télévision privée et le ministre chargé de la santé, de la population et de la réforme hospitalière en Algérie, le charlatan Toufik Zaibet poursuit sa campagne médiatique sur les réseaux sociaux. Le ministre de la santé n’a pris aucune mesure pour vérifier les diplômes de ce charlatan avant de lui ouvrir les portes de son ministère. S’agit-il d’une négligence ou d’une complaisance du ministre? C’est l’une des questions posées dans ce dossier.

Contacté hier, le cabinet du ministre de la santé a accepté de répondre à nos questions. Le chargé de communication, Monsieur Slim Belkassem, même s’il a évité de commenter les déclarations du ministre, a accepté d’apporter des réponses sur l’affaire « RHB« .

Notre analyse de cette affaire a montré que le dossier est très complexe. Ceux qui appellent à la démission du ministre de la santé, Abdelmalek Boudiaf, ignorent cette complexité. Au moins, cinq ministères sont concernés par ce scandale.

L’affaire « RHB » doit être analysée afin de pouvoir évaluer le fonctionnement des structures de santé publique et d’essayer de combler le vide juridique relatif à la mise sur le marché de produits pharmaceutiques ou parapharmaceutiques. L’apparition d’un certain Sébastien Fillon dans cette affaire et le soutien que le charlatan Zaibet a reçu de l’ex-numéro deux d’un parti islamiste, interdit en Algérie, et d’un Libano-Syrien, basé en Turquie, renforcent l’hypothèse d’un réseau international de fraude. Une question que les autorités devront examiner rapidement : s’agit-il d’un simple réseau de fraude pharmaceutique ou y a-t-il un réseau de financement du terrorisme derrière ce RHB ?

« Dr» Toufik Zaibet : le charlatan « made in Algeria« 

Inconnu en Algérie comme l’illustre le graphe, ci-après, généré à l’aide de la fonctionnalité Google Trends, qui donne une courbe chronologique des tendances de recherche par mot-clé avec une possibilité de comparaison entre mots-clés. La recherche du nom de Toufik Zaibet, en français comme en arabe, montre que les Algériens ont commencé leurs recherches sur Google après le passage de ce charlatan sur la chaîne privée algérienne Echourouk News TV.

Aucune publication dans les bases de données biomédicales, ni la moindre trace sur une participation de ce charlatan à un congrès scientifique ou des inscriptions sur les registres des essais cliniques. Pourtant ce charlatan, qui occupe la scène médiatique en Algérie depuis presque un an, va jusqu’à mettre sur le marché algérien un produit, le RHB, dont le président du Conseil national de l’ordre des médecins algériens lui-même ignore s’il s’agit d’un médicament ou d’un complément alimentaire.

Cette histoire d’un traitement « miraculeux » pour lutter contre le diabète semble invraisemblable, mais cela n’empêche pas le ministre Algérien de la santé de participer lui-même à une compagne de promotion de ce produit. Ce charlatan et le ministre lui-même parlent du diabète comme s’il s’agissait d’un seul type de pathologie, alors qu’il y a différents types de diabète : le prédiabète, le diabète de type 1 (ou le diabète insulino-dépendant), le diabète de type 2, le diabète de grossesse et d’autres types plus rares.

Le 13 décembre dernier, pendant que le Pr Elias Zerhouni intervenait dans le cadre de PharmaCité, la première université d’été des entreprises du médicament, les médecins et les scientifiques sérieux de l’autre côté de la Méditerranée assistaient à des débats moyenâgeux autour du charlatan Zaibet. Président monde de la recherche et développement (R&D) à Sanofi et ancien directeur de la plus grande institution de recherche biomédicale dans le monde (le NIH aux USA), le médecin Algérien Elias Zerhouni n’aurait certainement pas bénéficié, en Algérie, des privilèges et de la promotion médiatique qui ont été accordés à ce charlatan Zaibet.

Le charlatan Toufik Zaibet.

Il a suffi à cet usurpateur de porter des lunettes et une blouse blanche pour que l’Algérie lui ouvre grand les portes de ses laboratoires. En période de menaces de bioterrorisme et d’armes chimiques, les autorités algériennes n’ont pas jugé nécessaire de procéder à des vérifications sur l’identité de ce charlatan, ni exigé une affiliation à une institution de recherche publique ou privée avant de lui donner accès à des équipements et à des produits chimiques. Présenté, en avril 2016, en tant que médecin chercheur diplômé de l’université de Lausanne, ce charlatan décide quelques semaines après de changer sa version pour parler de l’université de Genève ! Cette contradiction n’interpelle ni le « ministre amateur », qui est en charge de la protection de la santé de la population, ni les journalistes incompétents du groupe Echourouk, devenu le parrain pour ce charlatan.

Retour sur l’affaire « RHB »

Le scandale a débuté en février 2016 lorsqu’une émission de télévision sur une chaîne privée du groupe Echourouk décide de faire le portrait du charlatan Toufik Zaibet. Nous reviendrons ensuite sur cette date qui ne correspond pas exactement à la première apparition de ce charlatan dans l’espace médiatique algérien. Lors de cette émission, qui s’appelle « Echourouk enquête », Toufik Zaibet a été invité pour présenter sa « découverte » et à donner des explications scientifiques sur son traitement, le produit « RHB« . L’animateur de l’émission réalise ensuite une enquête auprès d’enfants et d’adultes diabétiques qui ont utilisé ce produit.

Première partie de ce scandale : ni les journalistes de cette chaîne, ni le ministre lui-même ont trouvé illégal le fait de distribuer et d’administrer ce RHB à des patients avant d’obtenir une autorisation de mise sur le marché.

Omar Boudi, le journaliste d’Echourouk, qui a réalisé cette enquête, a confirmé dans un entretien publié le 9 mai 2006 sur Algérie-Focus, qu’il avait obtenu le feu vert du ministère de la santé. Une information que le chargé de communication de ce ministère a démentie hier lors de notre entretien téléphonique.

Après le passage de Toufik Zaibet dans cette émission, le ministre de la santé Algérien, Abdelmalek Boudiaf, décide de l’adopter. Il le reçoit au siège de son ministère et assure l’équipe d’Echourouk de son intention de l’accompagner.

Il l’aide à créer son laboratoire (le TZ Lab) et à bénéficier du soutien du groupe pharmaceutique public Saïdal. La ministre a déclaré aux journalistes : « je l’ai mis en contact avec la Saïdal, ils ont travaillé ensemble, ils ont développé beaucoup de choses ensemble, des choses que vous ignorez« .

La chaîne Echourouk New TV multiplie ses reportages et la diffusion d’informations mensongères allant jusqu’à envoyer sa directrice des informations, Leila Bouzidi, au ministère de la santé. La journaliste interpelle le ministre sur les délais et les démarches qu’il faut accélérer pour commercialiser le produit RHB !

Le quotidien Echourouk publie ensuite un article intitulé « L’émission « Echourouk enquête » pousse le ministre de la santé à adopter l’invention du médicament pour le diabète » et poursuit ses manipulations de l’opinion publique. Une vingtaine d’articles contenant des informations mensongères ont été consacrés par ce quotidien à Toufik Zaibet.

L’ordre national des médecins, le président du syndicat des pharmaciens privés algérien et d’autres professionnels de la santé, ainsi que des associations des patients sont sous le choc. La presse algérienne parle d’une « affaire délirante » et d’un « charlatanisme dangereux« , mais le ministre de la santé répond : « qu’on le laisse [Toufik Zaibet, NDLR] travailler » !

Il répond lui-même aux journalistes, comme s’il était devenu porte-parole de Toufik Zaibet. Affirmant connaître le parcours et le CV de Zaibet, le ministre de la santé déclare : « ce monsieur n’est pas un charlatan, c’est un médecin, c’est un médecin chercheur connu. C’est un médecin qui a été en Europe, que j’ai fait venir moi-même. Il est entrain de travailler, qu’on le laisse travailler« .

Des médecins lancent une pétition en ligne pour mettre fin à l’imposture Zaibet, une pétition qui a été critiquée par le ministre de la santé.
À l’étranger, des chercheurs algériens sont scandalisés par cette affaire délirante. Il suffit d’écouter Zaibet s’exprimer à la télévision pour comprendre que ce charlatan n’a aucun rapport avec la science et la médecine.

Alors que des patients ont été hospitalisés après avoir substitué le RHB à leurs traitements prescrits par leurs médecins, le ministre de la santé continue d’affirmer que « le RHB n’a aucun effet indésirable« !

Le directeur général de la caisse nationale de la sécurité sociale des non-salariés (CASNOS), Chawki Acheuk-Youcef, menace de « poursuites judiciaires tout médecin qui s’aventurerait à prescrire ce produit« .

En novembre dernier le produit RHB arrive enfin sur le marché, il sera retiré, le 7 décembre par un communiqué du ministère du commerce. Il a fallu attendre jusqu’au 13 décembre pour apprendre que Toufik Zaibet n’est pas médecin et n’a jamais été étudiant ou chercheur à l’université de Genève.

Sans faire son mea culpa, ni prononcer des sanctions contre ses journalistes incompétents, qui ont manqué aux règles déontologiques, la chaîne Echourouk poursuit son processus de désinformation autour de son « scoop de l’année ». Les enquêteurs doivent examiner les intérêts de cette chaîne dans cette affaire.

Hier, direction la Turquie, le produit de Zaibet, interdit en Algérie, sera adopté par un autre charlatan Libano-Syrien. Echourouk et ses journalistes incompétents publient de nouveau sur Zaibet et son grand mensonge de contrat avec la Turquie. Contactée aujourd’hui, l’Ambassade de Turquie en Algérie affirme ne pas avoir d’informations sur ce contrat, ni sur le produit de Zaibet. Les journalistes d’Echourouk devraient cesser de confondre la Turquie avec un charlatan qui s’exprime à partir de ce pays.

RHB : un médicament composé de charlatanisme, d’escroquerie, de patriotisme aveugle et d’exploitation de la religion

Le RHB n’est que l’abréviation du nom de ce produit. En réalité, « Rahmat Rabbi » est le nom que ce charlatan a choisi pour son « médicament miracle » !
Toufik Zaibet, qui ne s’exprime jamais sans prononcer une expression en rapport avec la religion, une manière de se servir d’un discours religieux pour inspirer la confiance auprès des patients et s’enrichir financièrement, a utilisé cette expression qui signifie « la grâce de Dieu« . Dieu n’a, certainement, donné aucune autorisation à ce charlatan pour exploiter son nom dans l’industrie pharmaceutique.

La En Algérie, la Constitution de 1996 précise que « dans le respect des dispositions de la présente Constitution, les partis politiques ne peuvent être fondés sur une base religieuse, linguistique, raciale, de sexe, corporatiste ou régionale. » Comment peut-on accepter que l’Algérie de 2016 adopte un produit pharmaceutique ou commercial d’un charlatan qui exploite la religion et utilise un tel nom?

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en place une initiative de normalisation de la nomenclature des médicaments, le ministre de la santé a-t-il réfléchi aux normes et aux règles appliquées par les instances internationales avant d’accepter un tel scandale ?

« Rien que de voir le nom de ce prétendu remède RHB (Rahmat rabi) qui veut dire la bénédiction divine, la duperie, la tricherie et l’escroquerie sautent à l’esprit de tout être lucide. », écrit Rachid Mouaci dans le quotidien algérien Le Matin.

Le ministre algérien des affaires religieuses et des Wakfs, Mohamed Aïssa, s’est exprimé contre l’utilisation de la religion pour nommer des produits commerciaux.

Toufik Zaibet s’est-il inspiré du Pape François et de son médicament « Miséricorde » ? D’abord, deux différences : moins de comprimés et plus de fautes d’orthographe sur la boîte de RHB. Grande différence : même si nous jugeons inacceptable la pratique du Pape, ce dernier n’a pas mis en danger la santé d’autrui.

Le patriotisme aveugle de certains Algériens

Toufik Zaibet, l’inventeur du traitement « miracle », qui a été reçu par le ministre de la santé, est fils d’un militaire et ancien combattant de la guerre d’Algérie. Le passé historique et l’appartenance du père à la famille révolutionnaire étaient les raisons principales qui ont amené le ministre Boudiaf à adopter la « découverte » du charlatan Zaibet!
Le père de ce dernier, qui est intervenu lors de l’émission « Echourouk enquête », s’est livré à un discours de haine antieuropéens et antifrançais pour inciter son fils à développer son « traitement » en Algérie et à ne pas accepter des propositions émanant de laboratoires étrangers! Aucun laboratoire étranger n’est intéressé par son fils, ce charlatan qui n’a aucune publication scientifique. Les chercheurs et médecins sérieux qui se sont opposé à la mise sur le marché des produits de Toufik Zaibet ont été accusés de : »fils de harki », traîtres ou membres du « lobby Franco-sioniste »!

Ahmed Kara met fin à l’imposture Toufik Zaibet

Il a fallu plusieurs mois avant que la chaîne privée Ennahar TV décide de mener une enquête sérieuse sur ce charlatan.
Première révélation : Toufik Zaibet n’est pas médecin et il n’a jamais été inscrit à l’université de Genève !
Deuxième révélation : Zaibet exerçait une activité commerciale de vente de chaussures et de produits de nettoyage ! Deux révélations choquantes pour les Algériens et extrêmement embarrassante pour le ministre de la santé qui, pendant plusieurs mois, a choisi de faire la promotion de ce charlatan.
Il s’appelle Ahmed Kara, il est le journaliste d’Ennahar TV, qui a mené l’enquête sur Zaibet, dans un premier temps, auprès de l’université de Genève et ensuite en diffusant l’enregistrement de la réponse apportée par la responsable suisse sur la situation de Zaibet. Le 13 décembre, les Algériens découvrent en direct, sur la chaîne Ennahar TV, que celui qui dispose d’un laboratoire pharmaceutique et d’un produit sur le marché n’a aucun rapport avec la médecine et la science.Le journaliste Algérien Ahmed Kara (Ennahar)
En l’interrogeant en présence d’un talentueux avocat, Me Nadjib Bitam, pour tenter d’obtenir des aveux, le charlatan a d’abord nié, sur Ennahar TV, les informations qui ont été fournies par l’université de Genève. Criant à un complot et une compagne contre son « invention » et sa personne.
Après la diffusion de ces nouvelles révélations, nous avons pris contact avec le directeur de la chaîne Ennahar TV, le journaliste Anis Rahmani, afin de lui poser quelques questions sur cette affaire complexe. Il nous a mis en contact avec le journaliste Ahmed Kara, qui a accepté de répondre à nos questions.
Pour savoir si la chaîne Ennahar TV s’est inspiré du travail qui a été mené ces derniers mois par une chaîne suédoise sur les fraudes du cardiologue Italien Paolo Macchiarini, le journaliste nous a répondu qu’il ne connaissait pas cette affaire et qu’il a décidé de mener son enquête après avoir été interpellé plusieurs fois par les contradictions de Toufik Zaibet. Selon le journaliste, Zaibet a d’abord déclaré qu’il a étudié à Lausanne pour revenir sur ses déclarations quelques jours après et parler de ses études médicales à Genève.
Sur une question pour savoir si la chaîne Ennahar TV a réalisé son enquête dans le cadre de sa concurrence avec la chaîne Echourouk TV ou si elle avait été alertée par des scientifiques ou même des citoyens, Ahmed Kara nous a répondu :

« La concurrence avec Echourouk n’a nullement été l’élément déclencheur de cette enquête, ce sont nos confrères, et nous respectons le point de vue de chacun. Quant à cette histoire, j’ai rencontré un chercheur scientifique Algérien à Paris qui m’a bien expliqué comment on faisait dans la recherche et développement d’une nouvelle molécule et aussi d’un complément alimentaire. Ce chercheur m’avait expliqué que cela nécessite un grand budget et des années d’étude, surtout pour une pathologie telle que le diabète. Selon ce chercheur, le produit miracle dit «  RHB » devait être douteux, il est important de vérifier si ce monsieur disposait des compétences nécessaires sachant que Zaibet est inconnu de la communauté scientifique. »

Certains Algériens, aveuglés ou manipulés, ont choisi de critiquer l’enquête d’Ahmed Kara. Ils ont oublié que Toufik Zaibet lui-même a confirmé ne pas être diplômé de Genève. Certains sont allés jusqu’à accuser le journaliste d’avoir fabriqué l’enregistrement de l’appel téléphone avec la responsable de l’université suisse ! « Si seulement, en Algérie, on puisse développer un médicament contre l’ignorance« , ironise Ahmed Kara sur son compte Twitter, sans doute dépassé par un tel niveau d’ineptie.

Le RHB retiré du marché

Le 7 décembre dernier, le ministère du commerce en Algérie ordonne le retrait de ce produit du marché. Le communiqué du ministère indique:

« le ministère du commerce met en garde les citoyens contre l’utilisation d’un complément alimentaire dénommé RHB (Rahmat Rabbi) commercialisé dans les pharmacies comme produit supposant atténuer les complications liées au diabète. Dans ce cadre, par mesure de précaution, les services du ministère du commerce ont procédé au retrait de ce produit avec des prélèvements aux fins d’analyses et de vérification de sa conformité. »Le communiqué du ministère du Commerce.

« Vérification de sa conformité » ! Cela signifie-t-il que le ministère du commerce n’a pas procédé à de telles vérifications avant la commercialisation du RHB?

Il est important de noter que ce n’est pas le Ministre de la santé, garant de la protection de la santé des Algériens, qui a pris cette décision, mais c’est le Ministre du commerce, Bakhti Belaïb, qui l’a fait à sa place.

« Trois jours après la publication du communiqué du département de Bakhti Belaïb, le ministère de la Santé et de la Réforme hospitalière prend le relais et ordonne, à travers la direction générale des pharmacies et équipements de santé (DGPES), “le retrait immédiat du complément alimentaire ‘RHB’ (Rahmat Rabi) de toutes les pharmacies sur le territoire national”. Dans une correspondance datant du 10 décembre 2016, et dont Liberté détient une copie, on peut y lire : “j’ai l’honneur de vous demander de veiller à l’arrêt immédiat de la commercialisation du produit cité en objet. La plus grande importance est accordée à l’exécution de la présente.” Et de préciser : “je vous demande de me rendre destinataire d’un rapport concernant des mesures prises dans ce cadre.” Le document en question, note-t-on, a été destiné au directeur général du Laboratoire national de contrôle des produits pharmaceutiques (LNCPP), au directeur général du Centre national pharmaco et de matériovigilance et au Conseil de l’Ordre des pharmaciens. », écrit  la presse médicale algérienne.

Report de la présentation du projet de loi sur la santé

Prévue pour le 17 décembre dernier, la présentation devant la commission de l’APN, la Chambre basse du Parlement algérien, du projet de loi sur la santé n’aura pas lieu. Boudiaf sanctionné ou craint-il une confrontation après ce scandale ?

Toufik Zaibet en compagnie du ministre de la santé, Abdelmalek Boudiaf.

De nombreux chercheurs et responsables politiques ont appelé le Premier ministre Algérien à mettre en place une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur ce scandale.
Il ne suffit pas de limoger Boudiaf mais il faut l’introduire devant la justice afin que ces scandales de santé publique ne se reproduisent plus. Après les révélations de la chaîne Ennahar TV, le ministre, qui admet avoir été induit en erreur, a tenté, de manière scandaleuse, de mettre la responsabilité sur le ministère du commerce. Si la commercialisation d’un complément alimentaire relève du ministère du commerce, pourquoi tant d’implication et de sorties médiatiques pour faire la promotion du produit RHB.

« Un faux débat, à mon sens, et je n’ai pas de commentaires« , a répondu le ministre aux questions des journalistes avant la diffusion des révélations d’Ennahar TV sur les faux diplômes de Zaibet.

Le ministre a menti aux Algériens en affirmant qu’il a fait venir Zaibet de Genève :

« ce monsieur n’est pas un charlatan, c’est un médecin, c’est un médecin chercheur connu. C’est un médecin qui était en Europe, que j’ai fait venir moi-même. Il est entrain de travailler, qu’on le laisse travailler« .

Comment un homme politique d’un tel degré d’incompétence, d’ineptie et d’ignorance puisse rester encore ministre de la santé en Algérie. Abdelmalek Boudiaf, non seulement, il a menti aux Algériens en leur présentant un charlatan en tant qu’ancienne connaissance lorsqu’il avait été Wali de la ville de Constantine, mais il a également commis des erreurs très graves en confondant plusieurs fois médicament et complément alimentaire. Il avait qualifié le produit RHB de « médicament miraculeux qu’il fallait encourager » pour revenir ensuite sur ses déclarations en affirmant qu’il s’agissait finalement d’un complément alimentaire.
Abdelmalek Boudiaf a abusé de son pouvoir et a manqué de respect aux autorités et aux experts de son pays. Il a ignoré les avis scientifiques de nombreux experts dont le président du Conseil national de l’ordre des médecins algériens. Ce dernier s’est exprimé plusieurs fois sur ce sujet de manière scientifique, claire et précise. Il a aussi ignoré l’avis du syndicat des pharmaciens d’officine (Snapo), qui a mis en garde contre la vente de ce produit et a saisi son ministère pour solliciter des informations techniques et scientifiques sur ce produit.

« Pour Lotfi Benbahmed, président du Conseil national de l’éthique et de la déontologie et président du conseil national de l’Ordre des pharmaciens, il s’agit d’un complément alimentaire qui n’a donc, par définition, aucun effet thérapeutique, comme des milliers d’autres produits de cette catégorie : « ce sont des produits dont l’effet rejoint l’effet placebo et n’ont aucun intérêt pour la santé publique. Cependant, présenté dans un premier temps comme un médicament miracle, sa commercialisation pourrait conduire des patients diabétiques à abandonner leurs traitements.« , écrit le site Toute La Santé.

Interrogé hier, le chargé de communication du ministère de la santé, nous a confirmé que « le ministère de la santé n’a jamais reçu Zaibet en tant que chercheur » et que « Zaibet n’a déposé aucun dossier au niveau du ministère de la santé. »
Pour lui, il s’agissait d’une simple rencontre! Selon Monsieur Belkassem, les correspondances écrites entre Toufik Zaibet et les services du ministère de la santé se limitent à une seule demande écrite datée du 26 septembre 2016 et dans laquelle Toufik Zaibet a souhaité connaître la règlementation en vigueur relative à la commercialisation des compléments alimentaires. En attendant la nouvelle loi de santé, les compléments alimentaires relèvent du ministère du commerce.

Alors pourquoi tant d’implication médiatique du ministre Boudiaf dans une affaire qui ne concerne pas son ministère ?  Le chargé de communication du ministère de santé a refusé de commenter cette question et d’autres qui concernent les déclarations du ministre. Il nous a demandé de lui transmettre nos questions par courriel afin de les soumettre au ministre concerné. Aujourd’hui, il nous a confirmé la réception des questions et qu’elles « seront transmises à qui de droit pour une prompte réponse. » Nous reviendrons sur les réponses du ministre dans nos prochaines publications sur cette affaire.

Et si on s’intéresse au CV du ministre lui-même !

Après les révélations sur les faux diplômes de Zaibet et la réponse de l’université de Genève, la chaîne Ennahar TV a diffusé un entretien avec la ministre de la santé dans lequel il est revenu sur son parcours et ses relations avec les citoyens. Il s’agissait notamment d’expliquer pourquoi les portes de son ministère étaient ouvertes au charlatan Zaibet. Son amour du pays et son souhait d’encourager les talents constituent, selon lui, la cause de cette erreur. En écoutant son intervention, un nouveau mensonge nous a interpelé : le ministre dit avoir été Wali de Constantine, et avant cela il a été dans l’enseignement supérieur. La consultation de son CV en ligne, indique qu’il a seulement une licence en droit. Suffit-il d’avoir une licence pour enseigner à l’université algérienne ou s’agit-il d’une nouvelle affaire de diplôme semblable à celle de son protégé ?
C’est une des questions que nous avions transmises au ministre Boudiaf.

Réaction de l’industrie pharmaceutique en Algérie

Le groupe pharmaceutique public Saïdal a annoncé des poursuites judiciaires contre Toufik Zaibet pour “fausses déclarations et atteinte à son image de marque”. Le charlatan Zaibet a évoqué plusieurs fois une relation de partenariat avec le groupe Saïdal. Ce dernier a démenti les informations parues dans la presse, selon lesquelles Zaibet a développé son produit dans le cadre d’un partenariat avec ses laboratoires.
« Le concerné a contacté le groupe en 2004 afin de réaliser une étude sur son produit qu’il prétendait être efficace pour le traitement du psoriasis. Et comme les résultats de l’étude se sont révélés “non conformes”, Saïdal affirme qu’il “a cessé tout contact avec l’intéressé, et ce, depuis 2006”, a déclaré Ali Aoun, l’ancien directeur général de Saïdal.
Contacté hier, le service de communication du groupe Saïdal n’a pas voulu s’exprimer sur cette affaire et a préféré nous transférer vers la direction générale. En absence du directeur général, son collaborateur n’a pas voulu s’exprimer sur ce dossier.
Le groupe Saïdal a laissé, pendant plusieurs mois, Toufik Zaibet s’exprimer librement sur ses « travaux de recherche » en collaboration avec ses laboratoires, pourquoi des poursuites judiciaires après plus de neuf mois ?

Réaction de la classe politique algérienne

Interrogé sur cette affaire, l’ancien Premier ministre algérien et secrétaire général du parti politique Rassemblement national démocratique (RND), Ahmed Ouyahia, a parlé d’un charlatanisme. « Son nom suffit« , a déclaré Ahmed Ouyahia, en allusion au nom « religieux » du produit RHB.

Selon le site d’informations TSA-Algérie, une députée du Parti des travailleurs, a interpellé, mercredi 14 décembre, le Premier ministre Abdelmalek Sellal au sujet du scandale « RHB« . « Face à la gravité des faits qui touchent directement à la santé publique, quelles sont les mesures que le gouvernement compte entreprendre ? », a demandé Madame Nadia Chouitem dans une question écrite au Premier ministre Algérien. « Est-ce qu’une enquête approfondie a été ouverte pour déterminer les responsabilités à tous les niveaux de cette affaire surtout que la responsabilité du ministère est affirmée ? », ajoute-t-elle.

Echourouk : le groupe devenu le parrain du charlatan

Connu par ses articles très peu « éthique », qui ne respectent ni les normes professionnelles, ni la déontologique du journalisme, le quotidien arabophone algérien Echourouk s’est doté ces dernières années d’une chaîne d’information privée, Echourouk News TV et d’une autre chaîne généraliste. Dirigé par le directeur du groupe Echourouk, Ali Fodil, ces chaînes sont devenues des organes de propagande, de diffusion de mensonges, de désinformations, de mises en scène et d’enquête ou reportages peu sérieux. Très loin du professionnalisme des quotidiens El-Watan (francophone) ou El-Khabar (arabophone), Echourouk est pourtant le quotidien le plus lu en Algérie. Ses méthodes : alimenter les polémiques, verser de l’huile sur le feu dès qu’il y a un conflit, diffuser des théories complotistes ou également pousser les Algériens dans l’excès d’un patriotisme égaré, irréfléchi basé sur des traductions fausses ou des interprétations biaisées de l’actualité en France ou dans autres régions du monde.

Leila Bouzidi, l’ancienne directrice des informations d’Echourouk News, présente actuellement l’émission hebdomadaire « Noukout A la Hourouf » (que l’on peut traduire en français par « les choses en clair »), a été un des acteurs principaux de ce scandale. Elle a déjà organisé un débat entre le président du Conseil de l’ordre des médecins algériens, un expert qui emploie un langage très précis, aussi bien sur le plan scientifique que juridique, et un charlatan, dont l’intervention montre clairement qu’il n’a certainement aucun niveau universitaire. Pourtant, cette animatrice incompétence n’hésitera pas à interrompre le président du Conseil et s’exprimer sur des sujets pour lesquels elle n’a aucune compétence. Sur ses réseaux sociaux et même après les révélations sur les faux diplômes de Zaibet, elle poursuit son processus de désinformation et son soutien à ce charlatan.

Un médicament ou un complément alimentaire ?

Le scandale RHB illustre que beaucoup de responsables politiques et journalistes algériens ignorent la différence entre un médicament et un complément alimentaire. La réglementation nationale ou internationale relative à la commercialisation des médicaments, ainsi que le processus de développement d’un médicament de la molécule au dossier d’autorisation de mise sur le marché (AMM) sont complètement inconnus à certains journalistes amateurs telle que Leila Bouzidi (Echourouk News TV). Le développement d’un nouveau médicament est un processus qui comprend plusieurs phases et s’étale sur dix ans environ.

Encadrés au niveau européen par la directive 2002/46/CE relative aux compléments alimentaires contenant des vitamines et des minéraux, les compléments alimentaires sont encadrés en France par la transposition de cette directive dans le code de la consommation par un Décret de 2006.

En France la commercialisation d’un complément alimentaire requière une déclaration préalable auprès de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), une administration relevant du ministère de l’Économie. Un dispositif national de nutrivigilance  au niveau de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) est mis en place pour veiller à la sécurité du consommateur et à l’identification d’éventuels effets indésirables liés à la consommation d’un complément alimentaire (pour les médicaments, un dispositif similaire porte le nom de pharmacovigilance).

En Algérie, les compléments (ou additifs) alimentaires sont encadrés par le Décret exécutif n° 12-214 du 15 mai 2012, fixant les conditions et les modalités d’utilisation des additifs alimentaires dans les denrées alimentaires destinées à la consommation humaine.
Selon ce Décret, les compléments alimentaires en Algérie ont fait l’objet d’un rapport conjoint du ministre du commerce, du ministre de la santé, de la population et de la réforme hospitalière, du ministre de l’industrie, de la petite et moyenne entreprise et de la promotion de l’investissement et du ministre de l’agriculture et du développement rural.

Ce Décret, qui a été publié dans le Journal Officiel Algérien n° 30 daté du 16 mai 2012, définit le complément alimentaire par : « toute substance qui 1) n’est normalement ni consommée en tant que denrée alimentaire en soi, ni utilisée comme ingrédient caractéristique d’une denrée alimentaire; 2)— qui présente ou non une valeur nutritive ; 3)  dont l’adjonction intentionnelle à une denrée alimentaire dans un but technologique ou organoleptique à une étape quelconque de la fabrication, de la transformation, de la préparation, du traitement, du conditionnement, de l’emballage, du transport ou de l’entreposage de cette denrée affecte ses caractéristiques et devient elle-même ou ces dérivés, directement ou indirectement, un composant de cette denrée alimentaire. »

Le projet de loi sur la santé dont les débats ont été prévus pour le 17 décembre dernier, par la Commission de la santé, du travail et des affaires sociales de l’Assemblée populaire nationale (APN) a prévu un encadrement des compléments alimentaires qui passera du ministère du commerce au ministère de la santé.

En France, le Décret n° 2006-352 du 20 mars 2006 relatif aux compléments alimentaires, précise dès l’article 1 que les dispositions du décret « ne s’appliquent pas aux médicaments et aux spécialités pharmaceutiques, tels que définis aux articles L. 5111-1 et L. 5111-2 du code de la santé publique. »

Lors de son intervention dans l’émission de Leila Bouzidi, le président du Conseil national de l’ordre des médecins algériens, le Pr Mohamed Bekkat Berkani, employant un langage scientifique très précis, a commencé son débat avec le charlatan Zaibet en exigeant une définition précise du produit RHB.
Le Pr Bekkat Berkani a tenu à préciser qu’en tant que médecin, il n’a pas à évaluer ou à critiquer un produit. Son rôle et de soigner et de prescrire des médicaments, qui sont produits en Algérie ou importés d’autres pays. « Ce produit a commencé en tant médicament, il est ensuite devenu complément alimentaire !« , a déclaré le président du Conseil national de l’ordre des médecins. Il a exprimé son refus de prescrire un médicament qui n’a pas été approuvé par le Laboratoire National des médicaments.

La journaliste d’Echourouk, Leila Bouzidi, a employé plusieurs fois un langage scientifiquement incorrect, « le ministère de la santé vous a accordé une autorisation pour produire ce médicament, pas en tant que médicament, mais plutôt en tant que médicament-complément« , voilà comment cette journaliste a formulé sa question à Toufik Zaibet. Comment laisser le traitement d’un sujet scientifique et médical sérieux à cette journaliste incompétente? Son collègue B Aissa a signé dans Echourouk des articles scandaleux qui annonçait aux Algériens que : »Le RHB sera commercialisé en Algérie, en octobre 2016, en tant complément alimentaire ou produit biologique, alors qu’il devrait être commercialisé en Europe, en Asie et même dans le continent nord-américain, en tant que médicament d’ici la fin de l’année après qu’un grand nombre de laboratoires européens ont été convaincus de son utilité et de sa conformité aux normes internationales.  » !
Ce journaliste a-t-il consulté des autorisations de mise sur le marché avant de diffuser ces mensonges, violant ainsi le code de la déontologie journalistique.

Nouvelle révélation : le laboratoire Zacourene et un certain Sébastien Fillon impliqué dans ces fraudes

Face à la complexité de cette affaire et à la grande quantité d’informations, qui a été publiée par Zaibet et ses complices sur les réseaux sociaux et les forums en ligne, nous avons été contraint de faire appel à des techniques d’analyse des Big Data (ou la technologie des données massives). Nos analyses ont révélé des pratiques et des fraudes invraisemblables.

D’abord, la première annonce concernant le RHB a été faite en 2009, un journaliste du quotidien arabophone Echourouk a publié le 1er mai 2009, un article qu’il a intitulé « la première invention médicale algérienne: un médicament pour l’eczéma, le psoriasis, la perte de cheveux et le diabète.. »
« Médicament » au singulier ! Un seul médicament pour traiter toutes ces pathologies ? Voilà les méthodes d’Echourouk, très loin du langage scientifique et de la déontologie journalistique.Sébastien Fillon (Laboratoire Zacourene)

Le RHB a été commercialisé avec le nom du laboratoire TZ Lab. Nos recherches ont révélé l’existence d’un autre laboratoire, Zacourene. Un français, Sébastien Fillon, y occupe le poste de directeur commercial. Son profil sur le réseau professionnel Linedkin, affiche « professions médicales » et « basé en Algérie« . Il y publie :

« nous travaillons avec une nouvelle technologie de haut niveau en étroite collaboration avec le docteur « Toufik Zaibet », qui est le principal concepteur de cette pommade « SO-DERMA » et qui est le fruit de plus de dix années de recherches. »

Avant le RHB, Zaibet a mis sur le marché algérien une pommade dermatologique appelée « So-Derma » et un shampoing thérapeutique appelé « Ramix« ! Ces deux produits sont commercialisés avec le nom du laboratoire Zacourene.

Deux laboratoires pour quelqu’un qui n’a jamais fait de la recherche, ni obtenu de diplômes médicaux ou scientifiques !

Interrogé hier, le chargé de communication du ministère de la santé nous a confirmé qu’il ne connaissait ni ce laboratoire, ni Sébastien Fillon. Sur une question portant sur la mise sur le marché de ces produits, le chargé de communication, nous a répondu qu’il s’agit de produits parapharmaceutiques qui ne requièrent pas d’autorisation préalable au niveau du ministère de la santé.

Si c’est réellement la procédure appliquée en Algérie, comment expliquer que Zaibet et son collaborateur, Sébastien Fillon, expliquaient en ligne que « cette pommade est déposée au ministère de la santé, elle peut être prescrite aux malades atteints du « PSORIASIS« .

D’un poste de directeur commercial, Sébastien Fillon passe pour un « inventeur » sur la télévision algérienne, qui lui consacre une émission dans la rubrique « invention«  en compagnie du charlatan Toufik Zaibet. Lors de cette émission, Zaibet a, de nouveau, confirmé que son produit a été enregistré au niveau du ministère de la santé.

Rappelons que Zaibet a accusé les experts, qui ont exprimé des doutes concernant son produit RHB, de « fils de harki » ou d’être au service du « Lobby français ». Le voilà associé à un français pour la grande escroquerie pharmaceutique de l’année !

Qui est donc ce Sébastien Fillon ? S’agit-il d’un réseau de fraude franco-algérien ou l’affaire est-elle plus complexe ?

Le « réseau Zaibet »

Toufik Zaibet n’est pas seul dans cette affaire, il s’agit d’un réseau de fraude bien installé en Algérie et sans doute à l’étranger aussi. Ce charlatan a reçu le soutien de l’ex-cofondateur et numéro deux du Front islamique de Salut (parti interdit en 1992 par le tribunal administratif d’Alger) et père d’un membre Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), qui a été tué en 2011 par l’armée algérienne alors qu’il préparait un attentat à Alger.

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Après le retrait du RHB en Algérie, le laboratoire de Toufik Zaibet (le TZ Lab) s’est dirigé vers la Turquie. Le Vice-président du laboratoire TZ Lab, Fawzi Eskander, qui commercialise le produit RHB a signé hier un accord avec un islamiste très connu par ses méthodes frauduleuses et son implication dans des réseaux syriens de fraude des diplômes. Il s’appelle Mohammed Elkhaer Al-Ghabani.

Fawzi Eskander (TZ Lab) avec Mohammed Khaer Al-Ghabani, hier en Turquie.Cette nouvelle figure qui apparaît dans l’affaire Zaibet, se présente en tant président de l’International Arees University à Bayrut (Liban). Son profil utilisateur sur Wikipédia en arabe indique qu’il était né en Syrie, à Hama, en 1975. Il est important de faire la distinction entre l’université Arees, basée aux USA (à Houston), qui a des filiales régionales dans d’autres pays et cette « International Arees University » qui est présidée par ce nouveau charlatan. Mohammed Khaer Al-Ghabani occupait la position de recteur de la faculté des sciences islamiques à l’International Arees University à Bayrut‎. Selon un communiqué de cette université, Il a été exclu, le 14 mai 2014, de l’Arees  pour fautes graves, faux et usage de faux et usurpation de diplômes. Il fonde ensuite une université « virtuelle » qu’il nomme « International Arees University » pour l’utiliser dans des opérations de corruption et d’usurpation de diplômes. Selon des articles publiés en ligne en langue arabe, le ministère de l’Éducation au Liban, ainsi que l’université Arees aux USA ont alerté plusieurs fois sur les méthodes frauduleuses de Mohammed Khaer Al-Ghabani.

Mohammed Khaer Al-Ghabani avec Erdogan

Affichant une photo avec le président turc Erdogan sur son profil Facebook, Mohamed Khaer Al-Ghabani a supprimé depuis quelques heures son profil sur Wikipédia. Il est très actif et présent dans plusieurs pays, son profil, ses déclarations et ses vidéos en ligne n’inspirent aucune confiance.

De Diabexin à RHB

Aucun journaliste ou membre des autorités algériennes de santé publique ne s’est jamais posée la question : pourquoi Toufik Zaibet, qui avait initialement choisi le nom Diabexin pour son traitement, a finalement opté pour un autre nom, le RHB.

Nos analyses des données massives nous ont révélé que ce produit existait déjà en Turquie et en Grèce. S’agit-il une contrefaçon d’un produit parapharmaceutique ou du même produit appartenant au même réseau de fraude qui le distribue dans différents pays ?

L’orientation de Toufik Zaibet vers la Turquie s’explique donc par l’existence de ces deux produits. Il est urgent d’enquêter sur ce réseau, en particulier en rapport avec les réseaux de financement du terrorisme.Diabexin et RHB.

Qui porte la responsabilité de cette défaillance administrative et de ce scandale de santé publique ?

S’agissant de la responsabilité directe, le groupe Echourouk et le Ministre de la santé sont les premiers responsables de ce scandale. Une implication sans équivoque du ministre de la santé dans la campagne de promotion d’un produit allant jusqu’à mentir publiquement sur le parcours « scientifique » de Toufik Zaibet.
D’autres autorités ont aussi failli par leur silence, en particulier le ministère de la recherche, s’il est concerné par création de laboratoires. Le ministère du commerce et le ministère du travail sont aussi concernés par ce scandale. Toufik Zaibet, sans avoir de diplôme médical, ni le statut de chercheur, lance deux laboratoires en Algérie, TZ Lab et Zacourene, emploient des étrangers, Elles-sont où les autorités algériennes?

Dans le communiqué du 7 décembre du ministère du commerce, on peut lire : « par mesure de précaution, les services du contrôle de la qualité et de la répression des fraudes relevant du ministère du commerce ont procédé au retrait de ce produit avec des prélèvements aux fins d’analyses et vérification de sa conformité. »

Qu’attendait le laboratoire national de contrôle des produits pharmaceutiques (LNCPP) pour réagir ?
Comment le centre national de pharmacovigilance et matériovigilance a laissé passer un tel scandale de santé publique ? Et quelle est la mission de l’Agence nationale du médicament ?

Le scandale Toufik Zaibet n’est pas seulement une affaire de charlatanisme ou d’escroquerie, c’est d’abord le signe de la défaillance d’un système. C’est aussi le symbole de l’autoritarisme et l’abus du pouvoir, Abdelmalek Boudiaf, Ministre de la santé, de la population et de la réforme hospitalière, avec une simple licence en droit, s’est substitué au corps médical et à tous les professionnels de santé qui se sont opposé à la commercialisation du RHB.

Il faut noter également le silence incompréhensible de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (Arav) face aux compagnes de promotion d’un charlatan et de son produit, menées notamment par le groupe Echourouk. Des journalistes incompétents qui s’expriment sur des questions scientifiques et médicales.
Le chargé de communication du ministère de la santé, Slim Belkassem, nous a annoncé hier que son ministère a saisi l’Arav concernant les dérapages liés à l’affaire Zaibet. Monsieur Belkassem nous a fait part de l’impuissance des autorités algériennes face aux dérapages des chaînes privées, qui ne sont pas toutes de droit algérien, selon ses explications.

Selon le site d’informations TSA-Algérie, le Président de l’Arav a finalement réagi le 15 décembre dernier : « Je vous rappelle que cette campagne est partie après la ‘bénédiction’ qui a été donnée par des personnes qui étaient supposées rassembler à la fois l’autorité scientifique, morale et administrative », se défend Zouaoui Benhamadi Président de l’Arav, en allusion au ministère de la santé.

 

 

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