Le plagiat d’Étienne Klein : un autre exemple du silence institutionnel

Cet article a été publié le 5 décembre 2016 sur le site Mediapart par Seraya Maouche

Accusé de plagiat, le physicien très médiatisé Étienne Klein a plaidé coupable pour certains « copier-coller ». Cependant, il ne s’agit pas de simples emprunts ou d’oublis de citation. Des pages entières recopiées et des textes recyclés par l’auteur sans aucune citation des références. Nous discutons, dans cet article, un cas qui n’a pas encore été révélé dans la presse.

Le plagiat « est rarement un recopiage pur et simple« , écrit Hélène Maurel-Indart, Professeur de Littérature française à l’Université de Tours et auteure de nombreux ouvrages sur le plagiat. Elle a parfaitement raison parce que les justifications données par Étienne Klein, accusé de plagiat, dans la presse  montrent qu’il est dans une démarche qui consiste à essayer de minimiser les dégâts de son scandale de plagiat en avançant des arguments peu convaincants. Non, Il ne s’agit pas de « quelques emprunts » ou d’ « oublis de citation« , comme Étienne Klein essaye de relativiser.

Les cas révélés par L’Express sont loin d’être les premières fraudes académiques commises par ce directeur de recherche. Par définition, le plagiat est considéré comme une fraude académique.

Physicien, docteur en philosophie et vulgarisateur scientifique très médiatisé, Étienne Klein est professeur à l’École centrale, directeur de recherche au Commissariat d’Énergie Atomique (CEA). Chroniqueur pour France Culture et dans la presse écrite, notamment La Croix, Étienne Klein est auteur de nombreux ouvrages grand public, dont beaucoup sont devenus best-sellers.

En septembre dernier, sur proposition de Thierry Mandon, secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et par décrit du Président François Hollande, Étienne Klein est nommé président du conseil d’administration de l’Institut des hautes études pour la science et la technologie (IHEST). Cet établissement public, qui a été crée en avril 2007, assure une « mission de formation, de diffusion de la culture scientifique dans la société et d’animation du débat public autour du progrès scientifique et technologique et de son impact sur la société. »

Un rappel sur « l’affaire Étienne Klein »

Le journal L’Express, daté du 29 novembre dernier, a accusé le physicien Étienne Klein de plagiat dans son dernier livre, Le pays qu’habitait Albert Einstein, paru en octobre dernier chez Actes Sud. « Plagiat : les copier-coller du physicien Étienne Klein« , a écris Jérôme Dupuis dans L’Express. L’hebdomadaire précise :

« Le très médiatique physicien s’est livré à des plagiats d’écrivains célèbres dans son nouveau succès de librairie consacré à Einstein. Il a aussi pratiqué les emprunts dans ses chroniques »

L’Express, qui a comparé les écritures d’Étienne Klein aux textes originaux, a montré quatre exemples de plagiat, textes à l’appui.

L’Express a révélé que le paragraphe « L’excitation médiatique, l’hédonisme institué en règle de vie, l’eschatologie consumériste de notre société ne conjuguent-ils pas leurs échappements délétères pour anesthésier notre sensation d’un ciel? Où sont les hauteurs vers lesquelles lever les yeux ? »  a été plagié, mot pour mot, d’un texte de François Cassingena-Trévedy intitulé Effet de serre, paru en mars 2015 dans la Revue Études (Revue de Culture Contemporaine, Numéro de Mars 2015). Étienne Klein contribue souvent à cette revue, il ne s’agit donc pas d’un simple oubli de citation.

Jérôme Dupuis, auteur de l’article de l’Express, a parfaitement raison de poser la question : « un tel emprunt ne s’appelle-t-il pas un plagiat ?« . Les « copier-coller » ne concernent pas quelques expressions, mais des paragraphes, voir des pages entières, qui sont recopiées sans aucune mention de l’auteur ou des ouvrages plagiés. La figure ci-après, illustre le plagiat du texte de François Cassingena-Trévedy.

L’information a été reprise dans divers médias, dont Le Figaro,  Le Parisien, Le Monde, 20 Minutes et sur les réseaux sociaux.

Notre analyse, à l’aide d’un logiciel de détection de plagiat, de quelques pages, sélectionnées de manière aléatoire, du livre Le pays qu’habitait Albert Einstein, a révélé, à chaque fois, du recyclage de texte et du copier-coller. Par exemple, sur la page 11 du livre, plus de 20% du texte a été recopiés sur d’autres articles de l’auteur, dont un qui a été publié dans le journal Le Point du 28 août 2016 et un autre texte intitulé « Einstein, un homme qui avait de la suite dans les idées », qui a été publié sur le site Web de l’auteur.

Ni guillemet, ni référence, ni même un renvoi du lecteur vers une note de bas de page pour l’informer lorsqu’un paragraphe est recopié de ces articles précédents. La quantité et la fréquence des emprunts indiquent des plagiats ou des auto-plagiats qui ne serait pas la conséquence d’un simple oubli de citer les sources.

Il serait intéressant de comparer le travail d’Étienne Klein sur Einstein aux publications d’Abraham Pais, un physicien néerlandais et théoricien de la physique quantique, décédé en 2000. Ce dernier a connu Einstein et a publié un livre intitulé « Einstein lived here » en 1994 (Clarendon PressOxford University Press).

Dominique Leglu, directrice de la rédaction de Sciences et Avenir, a publié un éditorial dans lequel elle revient sur cette affaire de plagiat.

« Il est très pénible de voir un scientifique que l’on connaît depuis plusieurs décennies et avec qui de nombreux interviews, entretiens, échanges ont été réalisés, accusé de plagiat. Nous en sommes restés sidérés, à Sciences et Avenir, à lire 4 pages dans l’Express de cette semaine (n°3413 ; 30/11/2016), titrées « Les emprunts d’Étienne Klein » », écrit Dominique Leglu.

La directrice de la rédaction de Sciences et Avenir a estimé que le travail du journaliste Jérôme Dupuis, dans l’Express, lui « est apparu implacable« .
Elle a publié ces deux pages colorées en jaune pour illustrer la similitude entre le texte d’Étienne Klein dans La Croix et celui de Gilles Cohen-Tannoudji et Michel Spiro.

« Parfois, la méthode est plus brutale: ce sont des paragraphes ou des pages entiers qui font l’objet de copier-coller. En 2015, le physicien participe ainsi au Dictionnaire de la pensée écologique, un ouvrage collectif de référence publié par les très sérieuses Presses universitaires de France (PUF). Il est chargé de l’entrée « Energie ». Des blocs entiers sont purement et simplement repris d’un article publié dix ans plus tôt par un autre chercheur, Roger Balian, dans L’Energie de demain. Une pratique d’autant plus risquée que, conformément à son habitude, Étienne Klein a recyclé ce même texte sous forme de chroniques (France Culture, La Croix) et de conférences. », écrit Jérôme Dupuis dans L’Express.

Les cas de plagiat révélés par l’Express sont loin d’être les premiers pour Étienne Klein

Plusieurs semaines avant les révélations du journal l’Express, Étienne Klein a déjà été ajouté à notre liste de plagiaires et de gens qui pratiquent le recyclage et le « copier-coller » de textes ou de discours.

Texte auto-plagié par Etienne Klein aux conférences Big Bang Santé du Figaro
Le 27 octobre dernier, à la Maison de la Chimie, je suis restée sidérée devant la conférence donnée par Étienne Klein au « Big Bang Santé du Figaro« . Pendant que les autres participants, subjugués par son éloquence, l’écoutaient religieusement, moi j’étais entrain de fouiller dans ma mémoire afin d’essayer de me rappeler où j’ai déjà écouté ou lu exactement les mêmes phrases, mot par mot.

Comment un directeur de recherche, membre de l’Académie des Technologies, puisse faire cette erreur et manquer de respect à des centaines de participants venus à cet événement écouter et suivre les dernières avancées dans le domaine des données massives en santé. Étienne Klein, qui a reconnu ne pas être un spécialiste de la santé ou des « Big Data », a honteusement recyclé, mot par mot, un texte sur les nanotechnologies. Dès les premières minutes de son discours, j’ai reconnu le texte de sa conférence « les nanotechnologies et l’avenir de l’homme« , que j’ai lu dans les Carnets des Dialogues du Matin de l’Institut Diderot. Il s’agit d’une retranscription d’un débat public sur les nanotechnologies qui a été organisé le 12 janvier 2010.

Comme le montre la figure ci-après, qui représente le résultat de détection de plagiat à l’aide du logiciel PlagScan, plus de 80% de la conférence d’Étienne Klein à l’événement du Figaro a été un auto-plagiat de sa conférence du 12 janvier 2010. Remplacer l’expression « nanotechnologies » par « Big data » ou « les technologies » et recycler le même texte, voilà la méthode de travail de ce scientifique très médiatisé et omniprésent. De 2010  à 2016, les technologies des données massives ou « Big Data » ont connu beaucoup d’évolutions, recycler un texte de 2010 pour le présenter en 2016 constitue un manque de respect aussi bien aux organisateurs, qu’aux participants.

Résultat de détection de plagiat dans le discours d'Etienne KleinLa figure, ci-après, illustre la quantité de texte auto-plagié ou recyclé qui confirme qu’il ne s’agit pas de simple « copier-coller« .

Qui sont ses victimes ?

François Cassingena-Trévedy. Moine de Saint Martin de Ligugé, ancien élève de l’ENS et Maître de conférences à l’Institut catholique de Paris. Son article intitulé « Effet de serre », qui a été publié dans la revue Études a été plagié par Étienne Klein. Le philosophe et épistémologue français Gaston Bachelard est aussi une des victimes d’Étienne Klein. L’Express écrit : « de nombreux autres passages de sa biographie d’Einstein sont de simples copier-coller d’auteurs souvent célèbres. Etrangement, ce sont les passages les plus personnels, les plus littéraires, ceux où Etienne Klein se met lui-même en scène, ceux qui, précisément font le bonheur du lecteur, qui, souvent, ne sont pas de sa plume. Page 89, le physicien raconte ainsi son séjour à Berne, sur les traces de l’inventeur de la théorie de la relativité, et évoque joliment un ciel bleu « miroir sans tain d’une infinie transparence ». La formule est de Gaston Bachelard, dans L’Air et les songes. »

Gilles Cohen-Tannoudj et Michel Spiro, auteurs de La Matière espace-temps, paru en 1986 chez Fayard, ont également été plagiés par Étienne Klein. Selon l’Express, ce dernier s’est livré à un « gigantesque copier-coller » dans son article « L’Art du coup franc », qui a été publié le 16 juin dernier, en plein Euro de football, dans La Croix. Ce que ne dit pas le journaliste de l’Express est que le titre de l’article d’Étienne Klein est lui-même plagié d’autres articles parus dans la presse sportive dont ce billet de Julie Degrenier dans La Beauté du Football.

La liste des victimes d’Etienne Klein inclut également : Paul Valéry, Louis Aragon, Emil Ciora, Emile Zola, Stefan Zweig, Philippe Claudel, Roman Jakobson, Bertrand Russell ou Gaston Bachelard, «un casting qui, au passage, dénote un certain goût littéraire…», commente L’Express.

Le livre L’Energie de demain de Roger Balian a été également la cible du plagiat auquel s’est livré Étienne Klein.

Le CNRS est une des institutions qui sont touchées par le plagiat de Klein, L’Express écrit :

« Dans son ouvrage Le Monde selon Klein, le texte Histoires d’eau est ainsi en grande partie fidèlement recopié sur un article d’Yves Couder, chercheur au CNRS. Ici ou là, le physicien intercale au texte original l’une de ses petites pirouettes, pour donner à l’ensemble la « patte Étienne Klein ».

Les victimes d’Etienne Klein sont aussi ses lecteurs, les participants à ses conférences à qui il présente des textes recyclés. Ce sont aussi l’Académie des Technologies et les institutions qu’il représente parce qu’il porte atteinte à leur crédibilité et à leur cohérence dans la lutte contre le fraude académique.

Une grande déception chez les lecteurs d’Etienne Klein

« Etienne Klein, physicien plagiaire flashé au-delà de la vitesse de la lumière« , écrit le Dr Jean-Yves Nau, journaliste et docteur en médecine. « Personne ne l’a obligé a travailler dans l’urgence », écrit un internaute sur Twitter. Un autre ajoute : »il le reconnait mais pour un HDR, cela le décrédibilise. » Un autre internaute commente : « le plagiat c’est mal et ça doit être puni. Klein n’est pas non plus un grand scientifique, son apport à la physique est anecdotique« .

« Nous avons enfin tenu à faire réagir et écouter le principal intéressé, dont il nous est apparu qu’il n’avait pas pris l’ampleur de la déception et de la consternation qu’il était en train de créer chez de nombreux lecteurs-admirateurs.« , écrit Dominique Leglu dans Sciences & Avenir.

L’affaire Etienne Klein, « une réécriture des mythes à l’heure du tout-numérique« , selon Thomas Leonetti qui commente :

« Dans un article paru dans l’Express et signé Jérôme Dupuis, on relate ses multiples copier-coller, non-assumés, et qui relève à de nombreuses reprises, du plagiat total. Et quand on est — comme moi—un admirateur de ce-dit Monsieur, on tombe carrément des nues. »

« Je ne démissionnerai pas  » !

« Je ne démissionnerai pas de la présidence de l’ETHH », a déclaré le physicien dans Sciences & Avenir. Nous estimons que ce n’est pas à lui de décider, mais c’est au secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et aux responsables des institutions de prendre leur responsabilité.

« Je ne vais pas donner ma démission. Cette histoire-là a à voir avec mon éditeur, c’est lui qui est mon « employeur » dans cette opération-là. Je ne vais pas faire répondre le CEA ou l’IHEST, cela n’a rien à voir, il s’agit d’activités privées pendant le week-end, et c’est sans doute parce que je travaille trop le week-end que ce genre de choses m’arrive. Je ferais mieux d’aller jouer au golf comme beaucoup. »

Annette Schavan, l’ancienne ministre de l’éducation allemande, a plagié dans sa thèse. La chancelière allemande Angela Merkel n’a pas répondu aux journalistes qui appelaient à la démission de sa ministre, que « cela n’a rien à voir » avec ses responsabilités de ministre !
Le plagiat commis par un directeur de recherche ou un enseignant à un rapport avec son activité universitaire même si ce plagiat concerne ses ouvrages ou ses chroniques.

En 2015, Agnès Chauveau, ancienne directrice exécutive de l’école de journalisme de Sciences Po, a été limogée pour des cas de plagiat beaucoup moins grave de ce qu’a fait Etienne Klein.

« l’école, qui enseigne la déontologie, ne peut prendre ce genre de choses à la légère », a écris Bruno Patino, directeur de l’école de journalisme aux élèves de l’école.

En 2014, Alain Delchambre a démissionné de la présidence de l’ULB après un scandale de plagiat dans son université.

 » Conscient de l’image négative qui ternit aujourd’hui notre Université en interne aussi bien qu’en externe, et en pleine cohérence avec mes valeurs personnelles de rigueur et d’éthique, j’ai pris la décision, dans l’intérêt de l’institution, de démissionner de la présidence du Conseil d’administration de l’Université. », a expliqué Alain Delchambre dans un message d’excuse adressé à l’ensemble de la communauté universitaire de l’ULB.

Il faut rappeler que c’est un des collaborateurs d’Alain Delchambre qui s’est livré à un plagiat d’une partie des discours du Président Chirac.

Le livre

Comment Etienne Klein a-t-il pu oublier ce rapport publié récemment par son institution, qui donne une définition du plagiat correspondant exactement à ce qu’il a fait dans son dernier livre ou dans ses chroniques.

Comment Etienne Klein a-t-il pu oublier qu’il a co-signé le livre « Sciences et Société. Les normes en question » avec la spécialiste du plagiat, Michelle Bergadaà. Le physicien a-t-il lu les chapitres « La responsabilité collective : où se joue l’éthique de la recherche ? » par Dominique Vinck (page 173) et « Épidémiologie universitaire : le cas du plagiat » par Michelle Bergadaà (page 189).

« C’est évidemment contraire à toutes les règles scientifiques et universitaires« , commente un collègue du physicien, un peu estomaqué. Titulaire d’une habilitation à diriger des thèses, grade le plus élevé de l’université française, Étienne Klein n’est évidemment pas sans savoir que toute citation doit figurer entre guillemets et que ses références doivent être indiquées. », écrit l’Express.

Après le plagiat, le mensonge

En 2011, le journaliste Laurent Martinet, dans L’Express,  nous a présenté des exemples d’arguments utilisés par les auteurs qui sont accusés de plagiat. Après « la connerie de ma vie » de Thierry Ardisson, « je suis victime de persécution » de Calixte Belaya, »document de travail » de Patrick Poivre d’Arvor, « l’intertextualité » de Joseph Macé-Scaron, « l’histoire de photocopie » du Grand Rabbin de France Gilles Bernheim et « une faute de jeunesse » d’Alain Minc, Etienne Klein nous sort « j’ai fait feu de tout bois…« !
Il plaide coupable en avançant des explications peu crédibles. Il s’enfonce dans ses mensonges pour essayer de trouver des excuses. Il a déclaré à l’Express :

« J’ai commencé à écrire Le Pays qu’habitait Albert Einstein il y a maintenant plusieurs années. J’ai pris beaucoup de notes de lecture et, en les intégrant à l’ouvrage, j’ai pu oublier qu’elles provenaient d’autres auteurs et croire qu’elles étaient de moi. C’est ce qui a pu se passer pour les emprunts à Bachelard, par exemple. Mon nouvel éditeur, Actes Sud, voulait un ouvrage assez littéraire. C’est peut-être pour cela que j’ai intégré un passage d’Aragon sans le citer. Ce fut une erreur. Pour ce qui est des phrases empruntées à Zola, Philippe Claudel ou d’autres, cela est peut-être dû au fait que j’ai travaillé dans l’urgence vers la fin. A force de ne jamais refuser de proposition, je me suis démultiplié et j’ai fait feu de tout bois. D’ailleurs, je plaide coupable pour certains copier-coller dans mes chroniques, notamment celles données à La Croix au printemps 2016.
J’aurais dû citer mes sources ou réécrire les extraits empruntés à d’autres. Certains textes destinés à la matinale de France Culture étaient parfois écrits la nuit précédente et, là aussi, j’ai pu aller un peu vite en besogne. J’aurais dû les relire avant de les publier en recueil. Il faut que j’apprenne à faire moins de choses à la fois. »

Etienne Klein ne pourra pas nous expliquer qu’il ne s’agit pas de plagiat dans son dernier livre, une pratique frauduleuse qu’il connaît parfaitement parce qu’il a déjà détecté lui-même une pratique similaire dans le dictionnaire de Laurent Baffie :

« Dès le quatrième de couverture, j’ai reconnu les anagrammes de Perry-Salkow», raconte ainsi le physicien Étienne Klein, coauteur avec Jacques Perry-Salkow d’Anagrammes renversantes ou Le sens caché du monde (Flammarion, 2011). C’est le scientifique qui, le premier, a découvert d’étranges similitudes qu’il n’hésite pas à qualifier de «plagiat». «Le plus vraisemblable, c’est que voyant le succès des livres de Perry-Salkow, Baffie a eu l’idée de faire des anagrammes. Mais les meilleures, celles qu’il met en avant, ont été empruntées.», a écris Pierre Adrian dans le Figaro du 9 octobre 2015.

« Parfois, dans certaines de ses chroniques pour France Culture ou La Croix, Étienne Klein utilise une autre technique: il cite discrètement une fois les références d’un article ou d’un livre, puis en recopie littéralement le contenu sur plusieurs paragraphes sans le moindre guillemet, de sorte qu’on a l’impression de lire du Étienne Klein là où il s’agit en réalité du texte d’un autre. », précise l’article initial de l’Express

Il ne s’agit pas simplement d’un manque de rigueur, sa méthode de recycler un texte sur les nanotechnologies pour le présenter à une conférence sur les « Big Data », illustre la méthode de travail, très peu éthique, de ce physicien.

« Il ne faut pas travailler plus vite que la lumière. C’est la leçon cuisante qu’a reçue le physicien Etienne Klein« , écrit le journal Monde, qui a commenté cette affaire. Personne n’a demandé à Etienne Klein de « travailler beaucoup » ou « à ne jamais refuser de proposition ». Personne ne l’a obligé à accepter une invitation à une conférence sur les « Big Data », un sujet pour lequel il n’a pas d’expertise.

« Il faut bien le dire, par leur fréquence, ces plagiats s’apparentent à un dangereux système. Le physicien s’en explique dans nos colonnes, même si ses arguments ne convaincront sans doute pas tout le monde. Mais, par ricochet, ces emprunts atteignent des institutions universitaires (Étienne Klein est enseignant à l’Ecole centrale), des médias de référence (il anime une émission chaque samedi sur France Culture, La Conversation scientifique), des éditeurs prestigieux (Actes Sud, la collection Champs-Flammarion), sans parler de la myriade de prix et de décorations que le physicien a reçus. Comment toutes ces institutions réagiront-elles? « , écrit Jérôme Dupuis dans l’Express.

Les explications que le physicien a fait parvenir aujourd’hui au « Monde« , montrent que ce scientifique est très peu respectueux des règles de l’intégrité académique. Que dira-t-il demain sur ce nouveau cas du « Big Bang Santé du Figaro », que nous révélons dans cet article ?

Un internaute a réagi à l’article du journal Le Monde, qui a été publié aujourd’hui avec le titre « Etienne Klein se défend contre des accusations de plagiat » :

« Ses explications n’ont pas valeur d’excuse, il ferait mieux de s’abstenir de les produire. De toute manière, le mal est fait, et le doute subsistera quant à son honnêteté intellectuelle. »

La réaction des institutions

Contacté par téléphone vendredi dernier, le service presse du CEA, a estimé que cette affaire de plagiat ne concerne pas le CEA mais seulement Etienne Klein en tant qu’auteur ! « Pas de positionnement du CEA sur cette affaire de plagiat« , nous a répondu Nicolas Tilly, attaché de presse au CEA. Ce dernier estime que les deux affaires Etienne Klein et Agnès Chauveau ne sont pas comparables !
De son côté, l’Académie des Technologies, contactée aujourd’hui, nous a répondu « qu’il n’ont pas de position pour le moment« . Le service de communication de l’Académie nous a encouragé à saisir son Président Alain Bugat. Aucun communiqué de presse n’a été publié par l’IHEST dont le responsable de presse n’était pas joignable.
Etienne Klein est également enseignant à Centrale Paris, nous n’avons pas réussi à joindre le service communication de cette école.

Le 29 janvier 2015, une charte nationale de déontologie des métiers de la recherche a été adoptée par la Conférence des Président d’Universités (CPU) et de nombreuses institutions de recherche en France. Cette charte précise que :

«  La falsification, la fabrication de données, le plagiat sont les manquements les plus graves à l’intégrité. Ils doivent être signalés à l’institution et combattus. »

Le 29 juin dernier, le Professeur Pierre Corvol, Vice-président de l’Académie des Sciences, a remis un rapport à Thierry Mandon, secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, qui inclut des recommandations et propositions de mise en œuvre de la charte nationale d’intégrité scientifique,

En octobre dernier et après plusieurs mois de commentaires et d’interpellations sur les réseaux sociaux, l’Académie des Sciences a finalement réagi aux cas de fraudes scientifiques dans lesquels est impliqué un de ses membres. L’Académie a publié un communiqué indiquant qu’elle
« prendra alors les décisions nécessaires ».

Nous estimons que l’Académie des Technologies doit désigner une commission d’enquête afin d’examiner les publications et travaux d’Étienne Klein. Ce dernier doit être sanctionné comme Sciences Po a fait avec Agnès Chauveau. En Allemagne, deux ministres ont perdu leurs postes et leurs thèses pour plagiat, il n’y a qu’en France où les directeurs de recherche sont protégés par leurs institutions.

Comment sanctionner des étudiants pour plagiat, si on accepte cette fraude académique pour des directeurs et des académiciens ?

 

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